samedi 28 septembre 2013

LE MUSCAT



MUSCAT, UN GOUT DE MEDITERRANEE


Le nom de Muscat ne se réfère pas à un cépage unique, mais à un groupe de cépages répandus autour de la Méditerranée (Moscato en italien, Muskateller en allemand). Ils partagent le même arôme dit "muscaté". Leur berceau initial serait la Grèce, mais des études récentes démontrent que les Muscats n'ont pas forcément de liens génétiques.

En Valais, le Muscat est mentionné pour la première fois en 1535-1536 sous le nom de muscatellum. Son excellente réputation est soulignée dans plusieurs documents historiques aux XVIIe et XVIIIe siècles. Tout récemment, des observations morphologiques et génétiques ont mis en évidence l'existence de deux Muscats différents en Valais:

le Muscat du Pays ou Muscat Vert, identique au Moscato Giallo italien,
le Muscat Blanc ou Muscat Blanc à Petits Grains, l'un des Muscats les plus répandus dans le monde. On le trouve en particulier dans le Sud de la France où il produit le fameux Muscat de Frontignan.
Les deux Muscats cultivés en Valais sont donc vraisemblablement arrivés l'un par la Vallée du Rhône, l'autre par le col du Simplon.

LA REZE



LA REZE, LE VIN DES ROMAINS ET DU GLACIER


C'est le cépage antique par excellence. La Rèze pourrait être une descendante de la Raetica (ou Rhaetica), le cépage blanc le plus répandu en Italie du Nord à l'époque Romaine dont le vin est vanté par Pline l'Ancien et Caton (Vouillamoz et al. 2007).
La Rèze fait partie du vignoble valaisan depuis des siècles, car sa première mention écrite apparaît en 1313. Ce cépage est connu pour entrer dans la composition du mythique Vin du Glacier du val d'Anniviers. Récolté en plaine, le raisin est pressé avant de suivre les mouvements nomades des paysans, qui le transportent à dos de mulet jusqu'aux caves des villages de montagne. Là-haut, le vin vieillit dans des fûts de mélèze. Il y est consommé avec respect et parcimonie. Le tonneau est complété une fois l'an à l'arrivée du vin nouveau.

La Rèze disparaît presque complètement avec la reconstitution du vignoble provoquée par l'attaque du phylloxéra en 1916. Depuis, le Vin du Glacier se fait avec d'autres cépages, comme l'Ermitage, la Malvoisie, la Petite Arvine, le Fendant ou encore l'Humagne blanc. Il s'agit d'un vin de type oxydatif, élevé sous bois, qui évoque le Vin Jaune du Jura ou le Xérès d'Andalousie.

HUMAGNE BLANC



HUMAGNE BLANC, POTION DES ACCOUCHEES


L'Humagne Blanc fait partie des tout premiers cépages dont les manuscrits font état en Valais. Son nom apparaît dans le Registre d'Anniviers au XIVe siècle (1313).

Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'Humagne Blanc joue un rôle particulièrement important au chevet des accouchées. Parce qu'il a la réputation de contenir trois fois plus de fer que les autres cépages, mais aussi parce que c'est le vin des grandes occasions. Il est apprécié pour sa bonne qualité et sa capacité de garde. L'accouchée le boit sous différentes formes. Mélangé à des épices (cannelle, muscade, girofle, miel) et à des herbes aromatiques (hysope, armoise), l'Humagne Blanc est souvent absorbé chaud ou en panade (soupe au pain grillé). Il a pour fonction de calmer la douleur, fortifier le corps, nettoyer la matrice et refaire le sang. La parturiente peut en avaler jusqu'à un litre par jour.

De récentes analyses chimiques ont démontré que cette spécialité ancienne ne contenait en fait pas davantage de fer qu'un autre raisin. Mais la coutume d'offrir une bouteille d'Humagne Blanc aux jeunes parents fait toujours partie des traditions valaisannes.

LAFNETSCHA



LAFNETSCHA ET HIMBERTSCHA, CEPAGES INSOLITES DU HAUT-VALAIS


Voici deux spécialités haut-valaisannes qui riment dans leur sonorité comme dans leur lien de parenté.

Le Lafnetscha est un cépage rare mentionné pour la première fois dans la "Gazette du Valais" en 1856 sous le nom de Lafnetschen blanc: «Rarogne, on en vante le Saint-Germain ou Lafnetschen blanc». Son nom viendrait d'une forme dialectale de l'allemand "laffen Sie es nicht", qui signifierait "n'en buvez pas trop" ou "pas trop vite".

Le Himbertscha est un cépage encore plus rare. Son nom n'a rien à voir avec les framboises (Himbeeren), mais il viendrait plutôt de "im Bercla" signifiant "dans la treille", "Bercla" étant une germanisation de l'italien "pergola". Dans les années 1970, le Himbertscha a été sauvé in extremis d'une disparition certaine par Josef-Marie Chanton, producteur à Viège qui en a repéré quelques ceps dans les anciens vignobles de Visperterminen.

LA PETITE ARVINE


PETITE ARVINE


La Petite Arvine a longtemps joué les rôles secondaires avant de devenir l'ambassadrice des vins du Valais. Son ancienneté et son origine autochtone ne font aucun doute: le cépage Arvine est ancré en terre valaisanne depuis au moins quatre siècles.

Les documents anciens laissent entendre que la culture de l'Arvine reste modeste comparée à celle du Muscat, de l'Humagne et du Rouge. Encore délaissée dans la première moitié du 20ème siècle, elle suscite l'engouement des vignerons et des dégustateurs par la suite. Les surfaces de Petite Arvine ont presque quadruplé entre 1991 et 2008. Ces nouvelles plantations bénéficient des meilleures sélections, car elles demandent beaucoup d'attention. Certains spécialistes comparent d'ailleurs la Petite Arvine à «un seigneur très exigeant.» Seules les meilleures expositions sont favorables à ce cépage de troisième époque, qui ne supporte ni les sols trop fertiles ni une trop grande sécheresse. Les dégustateurs apprécient sa typicité et son potentiel de garde. Ils parlent volontiers de nez de pamplemousse, d'arômes de rhubarbe ou d'ananas et, en bouche, de fruit de la passion, de kiwi ou de coing. Des articles de presse en Suisse et à l'étranger vantent les mérites de ce blanc puissant et certains producteurs de réputation internationale lancent des cultures d'Arvine ailleurs en Europe.

Pour éviter toute utilisation abusive de leur nouvelle reine, l'Etat du Valais et le Service cantonal de l'agriculture se battent pour obtenir une dénomination traditionnelle qui la protègerait de toute copie, au même titre que le Fendant, la Dôle et le Goron.

LE FENDANT



FENDANT, L'EMBLEME D'UN PAYS ET D'UNE EPOQUE


Le Fendant est un type particulier de Chasselas dont les baies se «fendent» lorsqu'on les presse entre les doigts. Contrairement au type nommé Giclet, dont la pulpe des baies «gicle».

On repère le Fendant dans le Chablais valaisan (vignoble des Evouettes) avant le 18ème siècle. A Sembrancher entre 1763 et 1830, le pionnier de la viticulture Joseph-François Luder indique comment faire un «vin blanc liquoreux comme muscat, fendant, reze ou ervine ou malvoisie». La légende locale raconte que le général Maurice de Courten, soldat de Louis XV, introduit à Sierre les premiers plants de Chasselas dans la seconde moitié du 18ème siècle. Un jardinier du Roi vient de Versailles pour en montrer la culture!

A partir de 1848, le Fendant devient le moteur du développement commercial des caves valaisannes et fait l'objet d'une promotion active, au point de supplanter les anciens cépages autochtones. Dès 1936, les Valaisans se battent pour protéger cette appellation convoitée par les producteurs genevois et vaudois. Le Fendant du Valais obtient son appellation protégée en 1966.

Malgré la réhabilitation réussie des spécialités autochtones, le Fendant reste le roi des blancs valaisans. Il occupe plus du tiers de la surface viticole du canton.